Un occidental rencontre une femme dans la banlieue de Shanghaï. L’absence de langue commune impose le regard comme seul entremetteur et fait de chaque apparition une énigme à préserver. La Chine se découvre alors jusque dans sa nuit électrique, là où ce qu’il y a de plus vivant scintille. Pourtant, une autre vie vient en spectre altérer le poème, jusqu’à parasiter l’imaginaire et reprendre le contrôle du temps.




A western man meets a woman in the suburbs of Shanghai. Without a common language, the gaze remains the only intermediary, making of each exchange an enigma to relish. China peels off the layers of its skin in the electric night, where that which is most alive flickers brightly. But there exists another life that overlaps, a spectral presence altering the poem, almost like a parasite that feasts on the imagination, allowing time to reassert its control. O.B.


La calligraphie d'une énigme / Calligraphy of an Enigma


C’est l’histoire d’une rencontre, d’un amour fou, d’un chemin de désir entre Occident et Orient. C’est une histoire de grâces et d’avions dont on refuse absolument qu’ils se permettent d’être en retard. C’est la musique du cœur, tambour battant, entre vide et plein, plein et vide.

Avec beaucoup de pudeur, Olivier Brossard écrit sa photobiographie, fasciné par le corps d’une aimée dont le parfum intime est celui d’une culture radicalement autre. C’est un désir de bouche et de cheveux, de dos nu et de dragon, mais aussi de ville, de différence, d’égarement. Des départs, des attentes, des retrouvailles, une chambre qui gémit doucement. Des cieux, de la sensualité, du brouillard d’être, de la distance.

Olivier Brossard a créé un cosmos, où les points de détails entrés en collision produisent de l’effervescence, du plaisir, de l’urgence, mais aussi un calme souverain. L’art est une blessure, est une délivrance, est une puissance. Le temps est arrêté, comme dénudé, et c’est comme si tout n’était désormais que présence accrue.

Tout flotte, mais tout est définitif. Jade est un fantasme, une persistance de silence, une pluie de pierres précieuses tombées sur les paupières. Les amants saisis par le feu de leur passion n’ont probablement rien compris de la nature d’une attraction capable de déplacer les cinq montagnes sacrées. Pour s’approcher du mystère, il ne faut pas craindre d’endurer des instants de folie, et de perdre le paradis. De la solitude partagée naît le bel amour. Olivier Brossard en a fait l’expérience. Je crois qu’il n’en est pas revenu.




This is the story of a chance encounter, a mad love, a path of desire connecting East and West. It is a story of grace, a story of flights that mustn’t be late. It is the music of the heart, the beating drum, set in the no-man’s land between empty and full, full and empty.

Olivier Brossard has put together a humble photobiography, an exploration of a lover’s body which, at its most intimate, carries the scent of a radically different culture. It is an ode to desire. Desire for a mouth, a lock of hair, an exposed back, a dragon, but also a desire for the city, for change, for delusion. For departures, expectations, reunions, and a room that moans softly. For heaven, sensuality, the fog of being, and for distance.

The photographer has created an entire cosmos of colliding and intersecting details, the result of which is effervescent, a sense of pleasure, an urgency, but also a sovereign calm. Art is a wound, is deliverance, a thing of power. Time stops, as if stripped, as if the present moment were revealing its true color.

Everything floats, yet everything is final. Jade is a fantasy, a persistent silence, a deluge of precious stones raining on the eyelids. The lovers, their passion ignited, remain oblivious to the fact that their attraction has the power to move the five sacred mountains.

To close in on the mystery, one must not fear enduring moments of madness, nor losing paradise. The most beautiful kind of love is that born of a mutual loneliness. Olivier Brossard has discovered this for himself. And I do not believe he ever returned from the journey.


Fabien Ribery